St Laurent et St Jean du Maroni

Vendredi 30 octobre 2014

Une journée au bagne !!! Tellement remplie que je n’ai pas pu vous faire notre petit compte-rendu journalier…

Nous avions rendez-vous à 9h30 pour une visite guidée du camp de la transportation. Je pense que dans la tête de la plupart d’entre vous, le bagne c’est Cayenne, or il n’en est rien. Si vous nous avez un peu suivis depuis notre arrivée en Guyane, vous avez pu constater qu’il y a eu plusieurs essais de bagnes (« montagne d’argent » notamment) mais que tous n’ont pas pu perdurer pour cause de mortalité très forte. Mais il n’y a jamais eu de bagne à Cayenne proprement dit !

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En 1852, des bagnards (ou transportés) venus de divers endroits de Guyane furent envoyés à St Laurent du Maroni et aux Iles du Salut pour construire un nouveau centre pénitentiaire. En 1885, suite à la loi sur la relégation, le camp de St Jean du Maroni verra le jour, construit cette fois par les relégués…

Vous allez vous demander à quoi correspondent les termes de « transportés » et de « relégués ».

Les « transportés » sont des condamnés aux travaux forcés. A la demande de Napoléon III, ces condamnés, qui, jusqu’alors effectuaient leur peine en métropole, seront désormais transportés en Guyane.

Les « relégués » sont des multi récidivistes qui « gênent » la société bien-pensante. Une loi est promulguée en 1885 concernant les récidivistes d’au moins 4 condamnations : ils effectueront leur peine en métropole et seront envoyés ensuite à vie en Guyane. Cette loi avait pour but de coloniser ce territoire français en distribuant des lopins de terre aux relégués afin qu’ils fondent une famille. Mais ce fut un échec cuisant : les conditions de vie, les maladies, le manque de femmes ont fait de ce projet un véritable fiasco.

Pour compléter le lexique du parfait bagnard, voici deux autres termes utilisés :

Les « déportés » sont les condamnés politiques pour espionnage, trahison, désertion ou faux monnayage. Ils étaient enfermés aux Iles du Salut, tel Dreyfus.

Une fois leur peine achevée, les transportés devenaient des « libérés ». Ils devaient cependant rester en Guyane sous contrôle de l’administration pénitentiaire et se voyaient obligés de résider en Guyane le même nombre d’années que leur peine si celle-ci était inférieure à 8 ans. Pour ceux dont la peine était supérieure à 8 ans, ils avaient obligation de résider en Guyane à vie. Mais peu de libérés purent rentrer en Métropole car ils devaient s’acquitter du prix du billet de retour et ils n’en avaient pas les moyens !!

Nous avons commencé notre visite par le quartier des transportés. Derrière les bâtiments d’administration, se trouvaient des « cases » où habitaient les détenus. Deux étages pour la plupart, les détenus y passaient la nuit dans un état de promiscuité totale tandis que la journée ils travaillaient à la construction de la ville. Chaque individu était utilisé par rapport à ses compétences (le bagne était décoré de fresques). A la moindre incartade au règlement, le transporté était jugé par le Tribunal Maritime Spécial, situé du côté du quartier disciplinaire. Selon la gravité de la faute, il pouvait être condamné de 1 nuit à 6 mois de réclusion dans un dortoir collectif ou une cellule individuelle, attaché par des fers ! En cas de faute extrêmement grave, il était condamné à mort et enfermé dans une cellule du quartier spécial. Il était guillotiné en présence d’une trentaine de détenus obligés à assister à l’exécution pour montrer l’exemple !!!

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Bien sûr, les libérés et les relégués pouvaient aussi commettre une faute à l’extérieur de la prison. Ils étaient eux aussi jugés par le même tribunal mais exécutaient leur peine dans les quartiers qui leur étaient réservés.

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Les conditions de vie déjà certainement très dures la journée devenaient cauchemardesques la nuit. Vous pourrez observer dans le quartier disciplinaire les toilettes aussi appelées « nid d’amour » car prostitution et viols étaient monnaies courantes. D’autre part, cet endroit servait aussi au bagnard pour cacher son « plan ». C’était un tube qui ressemblait à un étui de cigares. A l’intérieur, le bagnard enfermait des photos souvenir, des plans d’évasion (d’où le nom de cet objet) ou de l’argent car il n’existait aucun vestiaire pour ces hommes. Le seul endroit où le plan pouvait être caché en sureté était l’intestin du bagnard. Imaginez par quel chemin il devait être introduit !!! Mais le plan faisait l’objet d’une permanente convoitise et tous les moyens étaient bons pour essayer de le voler : tabassage, meurtre….

Parmi les détenus, l’un des plus célèbres fut Henri Charrière dit « Papillon » et il a occupé pendant un certain temps la cellule 47 du quartier disciplinaire. Vous verrez la gravure de son nom qu’il a effectué lors de ce séjour.

Après cette visite extrêmement intéressante et émouvante, nous sommes rentrés à l’hôtel et avons plongé dans la piscine de l’hôtel ! Quel bonheur après ces heures d’intense transpiration. Petit pique-nique sur la terrasse de notre chambre (Rachel avait organisé tous les repas de midi pour les 3 jours de balade, en grande organisatrice qu’elle est !), puis sieste réparatrice et c’est reparti ! Nous reprenons la voiture pour nous rendre à St Jean du Maroni située à 18km de St Laurent, siège du camp de la relégation. Je vous ai parlé des relégués et c’est donc là que ces parias de métropole sont arrivés et ont construit ce camp.

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Nous sommes arrivés à St Jean et à notre grande surprise, le camp des relégués est aujourd’hui occupé par les militaires du 9ème RIMA. Nous étions accompagnés d’un guide, fort intéressant, qui nous a fait, à notre grande surprise, pénétrer dans l’enceinte militaire. Tous les bâtiments occupés par les militaires et leur famille sont les bâtiments construits par les relégués et ils sont donc parfaitement conservés. C’est une chance pour la conservation de ce site ! Nous avons bien marché dans le camp et c’est bien transpirants que nous avons terminé cette visite… Après un petit passage par le bar du coin, au bord du fleuve, nous avons repris la route pour St Laurent, la tête remplie des histoires de bagnards !!!!

Nous sommes heureux de ces visites car nous avons appris énormément de choses sur cette période de l’histoire. J’espère que mes explications seront à peu près compréhensibles car il faut dire que ce n’est pas très simple, c’est pourquoi j’ai essayé de schématiser quelque peu. Nous avons légendé les photos pour que les explications soient à peu près claires !

Pour vous plonger dans l’univers du bagne, c’est par ici.

PS : une grosse faute s’est glissée sur une des photos du diaporama… J’ai écrit « punission » (oh, la honte) en lieu et place bien sûr de « punition » !!!! La fatigue et la chaleur sont sans doute à l’origine de cette faute impardonnable ! Veuillez m’en excuser…

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Catégories : GUYANE | Étiquettes : | Un commentaire

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Une réflexion sur “St Laurent et St Jean du Maroni

  1. Mireille

    Parrain, il ne te manque plus que le pyjama rayé et tu ferais un parfait bagnard avec ta barbe fleurissante …..qui, cela dit au passage, te va très bien😉 Quel beau voyage vous vivez là encore et merci de nous le faire partager à nouveau! Bonne fin de séjour. Besos.

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